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Explorer les Politiques et les Futurs du Design Humanitaire…

1 // HUMANITAIRE

Comment pensons-nous aujourd’hui l’humanitarisme ? Cette question est complexe. Depuis la fin des années 1980, la portée et l’intensité de l’action humanitaire ont radicalement augmenté. Parallèlement, cette explosion d’activités a vu l’humanitarisme devenir de plus en plus politisé, professionnalisé, commercialisé et sécurisé. Malgré les très nombreuses préoccupations exprimées à propos de ces développements, leur controverse a été atténuée par l’ère géopolitique hégémonique dans laquelle ils ont émergé. En effet, “l’humanitarisme ne peut être compris qu’en relation avec l’ordre mondial qui le constitue.”1 La transformation de l’humanitarisme, depuis ses racines dans des conceptions minimalistes visant à fournir une aide neutre, impartiale et indépendante, vers une approche fondée sur les droits, l’insistance sur le nexus humanitaire-développement et une conditionnalité politique, a été soutenue par la domination des États-Unis et de leurs alliés.

Aujourd’hui, cependant, un tel ordre mondial fluctue.

D’un point de vue géopolitique, la fragmentation a diminué la confiance dans le système humanitaire, politisé par des acteurs aux intérêts divergents. De même, le militarisme croissant et la compétition entre États ont réduit le financement des missions humanitaires.

D’un point de vue technique, les technologies émergentes ont complexifié l’ordre mondial, introduisant de nouveaux dangers pouvant accroître la vulnérabilité des populations déjà marginalisées à l’échelle mondiale.

D’un point de vue géologique, le changement climatique a d’une part accéléré l’impact des catastrophes humanitaires naturelles et d’autre part alimenté les divisions géopolitiques concernant l’état de l’ordre mondial.

Économiquement, l’augmentation des inégalités et des tendances oligarchiques a accru la vulnérabilité à travers le monde, tout en risquant de commercialiser l’action humanitaire, exposant ses activités à des logiques de marché.

Dans ce contexte, il devient difficile de définir le présent ou l’avenir de l’humanitarisme.

Certains vont jusqu’à dire que nous vivons une ère ‘post-humanitaire’.2

DESIGN // 2

Dans ces conditions, vers quoi l’humanitarisme s’est-il tourné ?

Vers les briques. Le mortier. Le silicium. Le bois. Le coltan. L’aluminium. L’acier. Le papier à dessin. L’encre.

Des 1 et des 0, lus de manière algorithmique. Des grilles qui découpent l’espace en fragments. Des crayons qui strient le papier. Des centres de données qui bourdonnent. Des bétonnières qui brassent. Des marteaux qui frappent. Des applications qui se mettent à jour. Des écrans qui clignotent…

Pour faire face à ce malaise actuel, l’humanitarisme s’est particulièrement épris du matériel, de l’esthétique et d’autres outils ou pratiques.

Avec le design.

Le design humanitaire.

L’utilisation des techniques de design, d’ingénierie et d’architecture a une longue histoire dans les efforts de secours.3 Les premières conceptions minimalistes de l’humanitarisme mêlaient légalisme et savoir-faire technique, infrastructurel et scientifique appliqué. Pour acheminer l’aide là où elle était nécessaire, les technocrates, ingénieurs et autres travaillaient collectivement. Mais depuis l’effondrement de l’humanitarisme en tant qu’entité unique, dans un système mondial unique, le design humanitaire a pris de l’ampleur.

Pourquoi ?

La technologie, l’architecture, la matérialité : leurs qualités sont séduisantes pour l’humanitarisme. Ils sont souvent perçus comme pouvant être rationalisés et donc comme des vecteurs neutres pour un mode de dépolitisation, indépendant et impartial, et peut-être de re-légitimation de l’humanitarisme. En cela, le design humanitaire semble parfois être une panacée aux problèmes de l’action humanitaire.

Mais le design humanitaire est-il une fausse idole ? La réduction du design, de la technologie, de l’architecture, comme des vecteurs neutres pour améliorer la condition humaine a été critiquée, et ce depuis aussi longtemps que les critiques de l’humanitarisme lui-même. Dans sa techno-auto-transformation, le design humanitaire risque de réduire les êtres humains, la politique et la société à des chiffres dans un tableau Excel, des pixels sur une image satellite, des traits de peinture dans une œuvre d’art, ou des corps anonymes pour lesquels des structures de béton sont construites.

Si, toutefois, tant l’humanitarisme que le design sont dans une impasse, peut-on imaginer des voies alternatives pour eux ?

Peut-on expérimenter différemment le design humanitaire ?

3 // EXPÉRIMENTATIONS

Le design pour l’humanitarisme n’est pas une panacée. Mais, tout comme n’importe quel aspect de la politique ou de la socialité, il ne peut pas non plus être évité. Le monde est médié matériellement, technologiquement et architecturalement. La question au centre du projet HUD est donc simple : comment expérimentons-nous avec le design du design humanitaire lui-même ? Pouvons-nous imaginer un design humanitaire différent qui échappe au fétichisme technologique, aux rationalités économiques, et à l’aliénation accrue des bénéficiaires vis-à-vis des agences et acteurs humanitaires ?

Pour ce faire, HUD représente une expérience radicale à la fois dans la recherche transdisciplinaire et transvocationnelle. Elle part du principe que si le design humanitaire est là pour rester, ses horizons doivent être élargis par une intense pollinisation croisée des connaissances issues des domaines scientifiques et pratiques qui sont encore rarement en contact soutenu. Plus précisément, HUD combine les perspectives scientifiques sociales “critiques” – incluant les sciences politiques, la sociologie et l’anthropologie – avec les insights appliqués de l’architecture et du génie du développement (voir illustration ci-dessous), ainsi que l’expérience approfondie des principaux praticiens humanitaires (voir l’équipe HUD).

Nous le faisons dans le but de nous engager de manière critique mais pragmatique avec le design humanitaire. Cela signifie réfléchir de manière réflexive à tous les problèmes qui marquent actuellement le domaine – critiquant même l’existence même du design humanitaire – sans pour autant refuser la tâche pragmatique cruciale de s’engager dans l’ici et le maintenant, malgré les dangers que cela comporte. En tant que tel, HUD concentre ses activités sur l’exploration concrête de trois espaces du design humanitaire.

Promise: Technological solutions to longstanding human- itarian problems.Problem: Humanitarian problems are social and political and technologies are also aesthetic.Problem: Lack of applied material-aesthetic component to praxis.problem addressed by...problem addressed by....problem addressed by....problem addressed by....problem addressed by....problem addressed by...

DANS LES ESPACES DE VIOLENCE // 4

Les expérimentations de HUD dans le design humanitaire se concentrent sur la prévention de la violence dans des contextes mondiaux. Plus spécifiquement, nous cherchons à explorer le potentiel de la recherche transdisciplinaire et transvocationnelle pour réduire les instances de violence politique, sociale ou autre dans trois contextes : 1) les prisons ou les centres de détention, 2) les camps de réfugiés ou les espaces de déplacement, et 3) les complexes d’aide habités par les humanitaires. Chacun de ces espaces fait face à des problèmes spécifiques qui augmentent la fréquence de différents types de violence, y compris en raison de leur construction matérielle, technologique et architecturale. L’équipe transdisciplinaire de HUD travaille avec les acteurs en République Démocratique du Congo et en Colombie, aux côtés des praticiens humanitaires principaux, pour expérimenter des interventions critiques-pragmatiques dans ces espaces. Vous trouverez des informations sur chacune de ces expériences dans les documents liés ci-dessous.

Footnotes


  1. Barnett, M. (2005). Humanitarianism transformed. Perspectives on politics, 3(4): 733.
  2. Duffield, M. (2018). Post-humanitarianism: Governing precarity in the digital world. John Wiley & Sons.
  3. Architecture for Humanity. (2006). Design Like You Give a Damn: Architectural Responses to Humanitarian Crises. Metropolis Books.